Nouvelle « Jour d’Automne »

 

 

Hier était une sale journée pour moi. J’ai perdu mon boulot, mon propriétaire m’a annoncé que j’avais deux semaines pour libérer mon appartement, et ma copine a décidé qu’elle ne voulait plus partager ma vie.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé que ça ne pouvait pas être pire et que j’allais tout faire pour passer une bonne journée.

J’ai commencé par aller courir dans le bois près de mon futur ex-chez moi. Celà faisait bien trois ans que je n’avais pas fait de jogging, et même si j’ai fini ma course à bout de souffle et avec les jambes en feu, j’étais assez content de moi. Il n’y avait personne sur le chemin que j’ai emprunté, à part quelques écureuils qui jouaient à cache-cache dans les arbres. Leurs pelages roux se confondaient avec le feuillage des chênes et des peupliers, en tout cas ceux qui n’étaient pas dépouillés de leur parure végétale.

Le sol était recouvert d’un épais tapis de feuilles, et elles crissaient sous chacun de mes pas. Le fond de l’air était frais, transformant mon souffle en petits nuages à chacune de mes expirations. Mais l’effort que je fournissais me donnait suffisamment chaud pour ne pas en être incommodé. J’espérais juste que le vent ne se lève pas, car le risque d’attraper froid s’en trouverait grandi. Et je n’avais vraiment pas besoin de ça.

La route qui menait du bois à mon appartement passait devant une boulangerie. J’étais très connu dans cette boutique, mon ex chère et tendre m’y ayant souvent envoyé le dimanche matin pour lui ramener des croissants ou de la baguette fraîche. Aujourd’hui, je fus tenté de nouveau de passer la porte et de me noyer dans les effluves sucrées des viennoiseries fraîchement sorties du fournil. Des images de chouquettes dorées parsemées de perles de sucre, ou de pains au chocolat à la croute brune, traversèrent mon imagination, mais je mis toute ma volonté à y résister. Quel était l’intérêt de faire de l’exercice pour après se goinfrer de sucre et beurre juste après ? Non pas de que j’ai du poids à perdre, mais autant essayer de garder la forme.

C’est donc plein de fierté envers ma résistance que j’ai poussé la porte de mon appartement. Il y régnait un joli bazar, mon ex l’ayant soigneusement retourné pour récupérer chacune de ses affaires (y compris les stylos perdus au fin fond des tiroirs). J’ai ignoré ce capharnaüm pour aller me doucher, tout en me promettant de ranger tout en faisant du tri et des cartons.

C’est ce que j’ai fait pendant le reste de la matinée, remplissant quatre sacs poubelles et six cartons. Au moins, mon salon avait retrouvé un semblant d’identité, et je pouvais accéder au canapé sans avoir à enjamber des piles de magasines féminins ou de bricolage.

La RH de mon ancien boulot m’avait fixé un rendez-vous à midi trente pour venir chercher mon solde de tout compte et le chèque qui allait avec. Je me suis donc mis en route, en espérant ne pas avoir à vérifier derrière elle une éventuelle erreur (genre un jour de congés décompté en trop, ou une prime manquante). Une fois n’est pas coutume, il n’y avait pas de boulettes de sa part et j’ai pu repartir rapidement. La somme récoltée devrait me permettre de financer mon futur déménagement, voire même de m’aider à remplacer certains de meubles vieillissants.

Une fois sorti, j’ai décidé de marcher plutôt que de prendre le bus. Après tout, ce n’est pas parce que c’est l’automne qu’il ne fait pas beau. Aujourd’hui est une belle journée d’été indien : le soleil brille même si ses rayons peinent à vraiment réchauffer l’atmosphère. Il y a à peu près une heure de marche entre les locaux de mon ancien boulot et mon appartement. Sur ma route, je sais qu’il y a un magasin de bricolage, où je compte aller acheter du gros scotch marron pour fermer mes cartons, et une pizzeria, où j’irai chercher mon déjeuner. Un petit retour aux sources ne fera pas de mal, et même si je suis plus français qu’italien, j’ai toujours adoré les pizzas.

J’avançais d’un bon pas, et j’ai fini par arriver à la hauteur d’un petit papy qui portait un gros sac de provisions. Ma première réaction fut de le dépasser sans plus m’en inquiéter. Mais quelque chose, mon instinct peut-être, m’a soufflé que je ne pouvais pas le laisser ainsi. J’ai donc fait machine arrière pour lui proposer mon aide.

 

— C’est bien gentil de votre part, m’a-t-il dit après avoir posé son sac par terre. Il y avait des promotions sur les sacs de riz au supermarché, et je crois que j’en ai pris un peu trop.

— Pourquoi n’avez-vous pas pris le bus ? lui ai-je demandé. Il en passe un toutes les dix minutes normalement.

— Normalement, comme vous dites. Je n’aime pas monter dans cette machine infernale. Ils ne sont jamais à l’heure, et en plus, ils sont toujours pleins de petits jeunes mal élevés qui me bousculent et mettent leur musique trop fort.

 

Je n’ai pas été à la fête en soulevant son sac de courses. Il pesait vraiment lourd, même pour quelqu’un de mon gabarit. Il m’a indiqué où est-ce qu’il habitait, et c’est presque avec soulagement que je me suis rendu compte que je n’aurais que dix minutes d’effort. Par contre, j’ai été surpris qu’il ait réussi à porter cet énorme cabas pendant tout ce temps, car le supermarché où il avait dû aller se trouvait bien à trois quarts d’heure de l’endroit où je l’avais rencontré. Je ne regrettais pas ma bonne action, mais je me suis demandé s’il avait vraiment besoin de mon aide, après tout.

Je pensais que marcher ainsi chargé serait le plus dur, mais je m’étais bien trompé. Une fois arrivés à notre destination, j’ai découvert qu’il habitait au cinquième étage et que son ascenseur était en panne depuis trois semaines. Il m’attendait depuis deux bonnes minutes quand je suis enfin parvenu devant son appartement. Il m’a fait entrer pour m’offrir un grand verre d’eau fraîche, que j’ai descendu d’une seule traite. Et au moment de repartir, alors que je lui tendais la main pour le saluer, il la prise entre les siennes et m’a regardé droit dans les yeux.

 

— Vous êtes un homme bon, mais je ne connais même pas votre nom, m’a-t-il dit.

— Cressante, ai-je répondu. C’est italien.

— Et original. Je m’appelle Takeshi. Et voici un petit quelque chose pour vous remercier de votre gentillesse.

 

J’ai senti qu’il glissait quelque chose dans la paume de ma main et m’incitait à refermer mes doigts dessus.

 

— C’est un petit porte-bonheur, m’a-t-il expliqué. J’espère qu’il vous aidera le jour où vous en aurez besoin.

 

Je l’ai chaleureusement salué, puis je suis reparti poursuivre mon petit périple. Et c’est à partir de ce moment que ma journée est vraiment devenue stupéfiante.

 

Comme prévu, je suis passé au magasin de bricolage. Je n’ai pas trainé dans les rayons, me contentant de prendre ce dont j’avais besoin, à savoir trois rouleaux de gros scotch marron. Une fois passé en caisse, je m’apprêtais à repartir quand j’ai aperçu une affiche sur une des portes coulissantes :

 

« URGENT ! Nous recherchons des conseillers bricolage. Adressez votre C.V. en caisse centrale. »

 

Je n’avais pas de C.V. sur moi, mais je me suis dit que ça ne coutait rien de tenter le coup. Je me suis donc présenté en caisse centrale, en expliquant ma situation : passionné de bricolage, actuellement à la recherche d’un emploi, et motivé comme personne. Je pensais que la chef de caisse allait me rire au nez – surtout au vu de ma tenue vestimentaire, composée d’un bas de jogging et d’un sweat-shirt à capuche – mais elle a décroché son téléphone, et dix minutes plus tard, j’étais dans le bureau du directeur du magasin, à passer mon entretien.

Je ne suis pas reparti avec un contrat de travail, mais en tout cas avec un rendez-vous fixé pour le lendemain. Je devais ramener mon C.V. bien évidemment, ainsi que d’autres documents qui serviraient à établir ce fameux contrat. Bien évidemment, j’aurais une période d’essai à faire avant toute embauche définitive, mais au moins, j’avais l’espoir de retravailler rapidement, ce qui était assez rare ces derniers temps pour être souligné.

Comme prévu initialement, je suis passé par la pizzeria pour prendre mon déjeuner à emporter. L’entretien m’ayant mis de très bonne humeur, j’ai fait un crochet par la supérette de mon quartier pour m’acheter une petite bouteille de Côtes du Rhone, ainsi que par la boulangerie pour agrémenter mon déjeuner d’un cupcake trois chocolats. Sacré mélange, mais pas surprenant quand on est comme moi un américano-italien installé en France depuis vingt ans. Et le vin rouge se marie très bien avec les pizzas et le chocolat.

 

En sortant de la boulangerie, j’ai aperçu sur la porte du magasin une de ces petites annonces où l’on pouvait détacher le numéro de téléphone.

 

« A louer F2, quartier du parc. 30m2, cuisine américaine, vraie salle de bains. Cave + Balcon + place de parking. Loyer 500€ + charges. »

 

Le genre d’annonce qui fait rêver, surtout le prix – en tout cas en région parisienne. Il ne restait qu’un seul papier avec le téléphone, je m’en suis immédiatement saisi.

 

Une fois rentré chez moi, pendant que je réchauffais ma pizza au four et que ma bouteille se rafraichissait au frigidaire, j’ai appelé le numéro de l’annonce. La propriétaire – une vieille dame d’après les intonations de sa voix au téléphone – me confirma que l’appartement était toujours disponible et que je pouvais le visiter dès cet après-midi. Rendez-vous fut pris pour seize heures, et je pus me mettre à table.

 

L’appartement s’est révélé aussi attractif que ne l’était l’annonce. Le balcon donnait sur la forêt où j’avais couru le matin même, et le salon, exposé sud-ouest, bénéficiait d’un ensoleillement du midi jusqu’au soir. Agréablement surpris, je n’ai pas pu m’empêcher de demander à la propriétaire la raison d’un loyer aussi bas, en tout cas pour le quartier.

 

— Il faudrait refaire les sols et les murs, mais je ne veux pas faire appel à une entreprise qui va me faire payer une fortune. Alors je préfère baisser le prix du loyer, en espérant trouver quelqu’un qui acceptera de faire les travaux. Vous ne seriez pas bricoleur par hasard ?

— C’est votre jour de chance. Enfin, si vous acceptez mon dossier…

— Dans ce cas, ramenez-le moi le plus rapidement possible. Et j’étudierai votre proposition de travaux.

 

Elle m’a accordé deux jours pour lui remettre les papiers nécessaires, ce qui était parfait vu que je n’aurais mon contrat de travail que le lendemain. J’ai pris le temps de refaire un tour complet de l’appartement, en prenant des mesures cette fois-ci, histoire d’anticiper les éventuels futurs travaux. Même en sachant que rien n’était fait et que mon dossier pouvait très bien être refusé, je n’ai pas pu m’empêcher de fourmiller d’idées : où mettre du papier peint, quel type de parquet choisir, ou encore s’il fallait garder la mosaïque murale noire et jaune sur les murs de la cuisine.

Quand nous avons pris l’ascenseur pour repartir, nous étions accompagnés d’une éventuelle future voisine. Une jeune femme blonde aux yeux verts, vêtue d’un strict tailleur gris clair et d’un sage chemisier blanc, est montée avec nous à notre étage, et la propriétaire l’a chaleureusement saluée.

 

— Comment allez-vous, Eleanor ? avait-elle demandé en lui serrant la main.

— Plutôt bien, Madame Savoy. J’ai hâte d’être en vacances.

— Vous pouvez compter sur moi pour arroser vos plantes si besoin. Cela vous fera un souci en moins.

— Je vous en remercie d’avance, je vous tiendrais au courant.

 

Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que cette jeune femme était vraiment charmante, et qu’elle était une raison supplémentaire pour croiser les doigts afin obtenir cet appartement. En tout cas, jusqu’à ce que la propriétaire lui demande des nouvelles de son fiancé. Je ne pouvais pas être chanceux à tous les coups. Et on peut dire qu’aujourd’hui, je l’avais été beaucoup plus que d’habitude. Autant éviter de trop tirer sur la corde.

 

Sur le chemin du retour, en mettant mes mains dans les poches de mon sweat-shirt pour les réchauffer, j’ai retrouvé le petit cadeau que Takeshi m’avait offert le matin même. Je n’avais pas pris le temps de le déballer, et c’est avec surprise que j’ai découvert une petite statuette de dragon, dans les tons bruns et oranges, les couleurs de l’automne. Les mots du vieil homme me sont revenus à l’esprit, et je me suis dit que peut-être, c’était réellement un porte-bonheur. Ma journée d’hier avait été catastrophique. Celle d’aujourd’hui idyllique. Alors ce petit dragon, j’allais le garder précieusement. Il serait avec moi demain pour mon entretien, et après-demain pour l’appartement.

Ce petit dragon, il allait devenir le symbole de ma nouvelle vie.

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Petites Nouvelles…

Hello à tous,

 

Oui, ça fait un bail, une éternité que je n’ai pas posté de billet sur ce blog. On va dire que j’ai eu une année passée assez compliquée, mais dans le bon sens du terme…

 

Côté perso, LA grande nouvelle, c’est l’arrivée d’un nouveau membre dans notre famille. Elliott a vu le jour le 12 Août 2014, après quasiment 9 mois en dents de scie. Grande nouvelle, donc, mais gros chamboulement pendant la grossesse et après, car c’est toute une organisation à trouver.

Côté boulot, c’est pas rose, mais bon, ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas nouveau. Et y’a pire. Mais y’a mieux aussi…

 

Par contre, côté écriture, y’a du neuf, du grand neuf, du très beau neuf… Mais repartons un an en arrière…

 

Le 23 Juillet 2013, après un retour de vacances assez mouvementé, je me suis connectée par hasard au site fanfic-fr.net, où je publiais aussi « L’Autre Monde », dans l’espoir d’avoir des retours qui me feraient progresser. Et là, j’ai la bonne surprise de découvrir que j’avais eu un commentaire sur mon prologue, d’un certain Valek. Et dans la signature de ce nouveau « suiveur », un lien vers « werewolfstudios ». Curieuse, je clique sur ledit lien, et j’atterris sur une communauté d’écrivains amateurs, tournés vers l’imaginaire (fantasy, fantastique, science fiction, etc…). Je traine sur le site, le forum, découvre qu’on peut y publier ses écrits après une sélection, et je me dis « ben, pourquoi pas ? Après tout, c’est pas comme si j’avais des milliers de lecteurs… » Je tente le coup, envoie ma candidature, et m’inscrit au forum aussi.

 

Voilà, ça fait un an que je me suis inscrite, je fais partie maintenant de l’équipe de Conteurs du site, qui s’est entretemps rebaptisée « L’Allée des Conteurs » (http://www.alleedesconteurs.fr), et chose encore plus incroyable : je fais partie du « staff », en tant que chef d’équipe (celle qui fait en sorte que les Conteurs restent dans le droit chemin lol).

Dire que je me sens à l’aise dans cette Allée est un euphémisme. J’ai pensé pendant tellement longtemps être une « bizarrerie » à vouloir écrire des histoires, à en être limite complexée d’avoir une telle imagination et éprouver le besoin de coucher ces histoires sur papier, que me retrouver parmi eux m’a non seulement rassurée sur ma « santé mentale » (quoique…) mais m’a également permis de progresser. Pour vous donner une petite idée : en l’espace d’un an, j’ai écrit plus de 25000 mots. Je sais que la majeure partie d’entre vous ne saura pas ce que ça représente, mais pour vous donner une idée, entre le moment où j’ai commencé à écrire cette histoire (c’est à dire vers 2010) et mon inscription sur l’Allée, je n’avais écrit QUE 23 000 mots.

Y’a pas de magie, juste le fait de me sentir enfin à ma place dans le domaine de l’écriture ; d’être comprise, conseillée, lue, motivée, encouragée, et aussi confrontée à d’autres auteurs bourrés de talent. Tout ça, ça motive, forcément, et ça commence à se voir.

Tous mes chapitres sont passés dans les mains de correcteurs, qui ont traqué chaque faute d’orthographe, répétitions, tournures bancales. J’ai travaillé sur mes personnages, parvenant enfin à mettre un visage sur Hayden, Brooke, Kieran, Ava, etc… Et surtout : à l’instant où je vous parle, je touche enfin à la fin de mon premier tome, qui se terminera sur le « transfert » des membres du clan Gardener vers « L’Autre Monde ».

Il y a un an, vous m’auriez dit « tu verras, fin 2014, ton tome 1, tu l’auras fini », je vous aurais ri au nez…

 

Donc voilà, arriver sur l’Allée des Conteurs m’a énormément apporté, et m’apporte encore beaucoup. Mais je leur donne beaucoup, et du coup, ça s’est ressenti sur ce blog.

Cependant, j’ai comme objectif de remettre ce blog à niveau. Chaque chapitre que j’avais déjà publié sera corrigé. Et comme j’ai revu le découpage des chapitres à partir du 6, il y aura peut être des suppressions pour mieux coller à ce nouveau découpage. Mais surtout, il y aura du nouveau. Des chapitres certes, mais aussi des annexes, qui vous feront un peu plus plonger dans cet univers.

 

Ah, et autant que je vous l’annonce aussi. Il n’y a pas que dans ma famille qu’il y a un nouveau venu. Enfin, plutôt « une nouvelle venue ». « Lizzie », histoire de science fiction post-apocalyptique, a vu le jour au printemps. Un bien joli titre pour une histoire assez dure, mais qui grandit petit à petit.

Pour vous donner une idée, voici la « présentation » que j’avais faite sur l’Allée :

Les hommes ont procédé à LA manipulation génétique de trop. Des insectes mutants se sont échappés des laboratoires, et ont entamé une longue guerre contre les humains. Et je parle d’insectes géants. En tout cas, à l’époque où se passe l’action. Disons qu’à la base, ça aura été des insectes presque de taille normale, qui une fois dans la nature, ont poursuivi leurs mutations. 

Leur tactique : éliminer toute personne de sexe féminin, considérée comme « reproductrice » (si l’humain ne peut plus procréer, la race s’éteindra d’elle-même, voilà leur logique). Au début, les attaques ont été en masse (essaim) pour plus d’efficacité. Ensuite, les mutations se poursuivant, et surtout les humains étant moins nombreux, ils ont opté pour des attaques de masse mais moindres, vu la taille qu’ils ont maintenant.

Dans une attaque, le but des insectes est « les femmes, filles… ». Les hommes ne sont que des obstacles. Au début, ils ont tué « en masse » (mégalopoles = gros nids de mâles et femelles à détruire), puis ensuite, les humains se regroupant par petits groupes, ils ont « ciblé » suivant le taux de féminité dans chaque poche. 

Les humains ont donc décidé d’isoler les femmes dans les endroits froids ou humides (porte-avion, pôles, îles sécurisées…) pour les protéger. Pendant qu’eux aller essayer d’exterminer les bestioles et surtout, de trouver LA ruche, avec LA reine.

Parlons de la Reine justement. Une grande femelle, plus grande, évoluée et intelligente surtout, a monté un « nid principal ». D’elle sont nées d’autres reines qui sont allées ensuite monter leur propre nid, un peu partout dans le monde. Sauf que depuis quelques années (j’hésite entre 2 et 4 ans), il n’y a pas eu de « nouveau nid ». Pourquoi ? Ca, c’est mon scénario lol

C’est au Canada, au plus près du cercle polaire, que va se situer une bonne partie de l’histoire. Un camp de résistance s’y trouve, une petite quinzaine de soldats, avec à leur tête un colonel (ou autre grade à définir, mais un « dirigeant »).
Arrive alors un soldat, expert en explosifs, et seul survivant de son unité, qui était sensé rejoindre ce groupe de résistants.

Parmi cette poche de résistance, il y a Charlie, cuistot de son état… Et aussi femme, protégée par le colonel pour une raison mystérieuse… Foutu caractère, tempérament violent et agressif, solitaire, elle n’hésite pas à user de ses poings ou armes blanches pour se défendre (un meurtre de soldat à son actif, entre autre…). 
Charlie n’est pas le stéréotype de la cuisinière style matrone. C’est un danger public, même sa bouffe est explosive ! Mais en tout cas, elle a des choses à cacher (trop simple sinon pour moi…)

Alors que les bestioles commencent à se montrer plus audacieuses, plus résistantes à l’eau et au froid, la raison de la présence de Charlie parmi cette escouade et de sa protection par le colonel, ainsi que la stratégie qui se met en place entre les différentes poches de résistance, vont doucement se révéler.

 

Voilà, je vais m’arrêter là pour ce soir. C’était surtout pour vous dire « pas de panique, je suis toujours là, je vais revenir ». En espérant toujours vous compter parmi mes « suiveurs/lecteurs », et que ça vous plaise toujours autant…

 

Et j’en profite pour remercier le duo qui se tient à la tête de l’Allée des Conteurs, à savoir Blackwood et Théas, qui ont donné sa chance à la folle furieuse que je suis. Et à Béa et Jam, mes deux collègues de staff (et dont je suis fan des écrits…).

Si vous êtes en manque de lecture, venez donc faire un tour sur l’Allée, il y a plein d’histoires originales à lire. Y’a même du super héros ! Sans oublier de la SF, du Steampunk, du fantastique, de la sorcellerie, des lions, des mondes alternatifs, bref… L’embarras du choix !

One Shot Harry Potter 7 « The Wedding »

Qu’est-ce qu’un one shot ? Et bien, c’est un écrit assez court, basé sur une histoire originale ou bien inspiré d’une histoire déjà existante.

 

Aujourd’hui, je vous propose de repartir quelques années en arrière, au moment où JK Rowling venait de publier le 7ème et dernier tome de « Harry Potter ». Si vous n’avez pas lu la série des HP, arrêtez-vous maintenant, vous n’allez pas comprendre grand chose sinon…

A l’époque, j’étais inscrite sur un forum de manga, et pour l’occasion, un défi avait été lancé : écrire un « one shot » sur HP7. J’avais voulu y participer mais, au vu de ma lenteur dans l’écriture, le défi était terminé depuis longtemps lorsque je parvins enfin à taper le « point final ». Mais bon, je l’ai gardé, et c’est ce que je vous propose de lire aujourd’hui.

 

L’action se situe au début du livre. Un de mes personnages favoris étant Remus Lupin (en fait, j’ai toujours préféré les maraudeurs), je trouvais dommage que JK ne s’attarde pas sur son mariage avec Tonks. Du coup, j’ai essayé d’y remédier.

*

 

J’ai le trac. C’est stupide, je le sais bien. J’ai affronté bien pire que ça, après tout. Et ce, depuis que je suis enfant.

Mais là… Je crois que la peur que je ressens là, maintenant, est encore pire que d’avoir affronté tous ces mange-morts, d’avoir enduré toutes les souffrances dues à cette maudite pleine lune.

Cependant, il y a une différence entre ce que je m’apprête à vivre dans quelques instants et ce que j’ai vécu depuis ma plus tendre enfance. Une toute petite chose mais qui rend ce moment si terrifiant.

Pour la première fois, je vais devoir l’affronter seul. Pour la première fois, mes amis, mes mentors, mes protégés, tous sont absents. Soit morts, pour la plupart ; soit absents, et je ne peux pas leur en vouloir. Parce qu’au final, je crois que je les renverrais dans la tranquille sécurité de leurs abris s’ils décidaient de venir. Je serais touché de leur présence, mais je serais plus rassuré de les savoir bien protégés. Après tout, que vaut un bref moment comparé à toute une vie auprès de ses amis ?

Elle se fait attendre, elle a peut-être le trac, comme moi. Je me laisse aller à la nostalgie. Mes amis… Mes maraudeurs. J’aurais aimé qu’ils soient là, aujourd’hui, à mes côtés, comme avant. James m’aurait assuré que ce n’était pas si terrible et qu’il y avait bien survécu, lui. Lily l’aurait réprimandé puis elle se serait mise à rire. Sirius aurait plaisanté, comme toujours ; il se serait moqué, comme toujours. Puis il aurait eu cet étrange sourire plein de tendresse qu’il était capable d’avoir par moments, quand son masque de joyeux drille laissait la place à celui d’ami au grand cœur.

Mes amis, je vous ai perdus, je suis le dernier des maraudeurs. Enfin, pas vraiment le dernier, il reste Queudver également. Mais pour moi, c’est comme s’il était mort. James et Lily sont partis les premiers par sa faute. Et c’est par sa main, indirectement, que Sirius a trouvé la mort au ministère, il y a deux ans maintenant. Par sa main qu’il a donné à Voldemort, il a permis la libération de Béatrix, qui a envoyé mon ami dans ce monde dont il ne reviendra plus jamais.

Ce sont des biens sinistres pensées que j’ai, alors que je m’apprête à vivre ce que tout le monde appelle « le plus beau jour de ma vie ». Je le sais, je devrais être heureux. En fait, je le suis, mais j’ai peur. Peur de l’avenir, peur de ne pas la mériter, peur de cet orage qui plane au dessus de nous et dont les éclairs menacent de nous toucher, elle et moi. Cet orage qui s’appelle Voldemort…

 

Elle n’est toujours pas là. Je commence à m’inquiéter. Et si elle avait finalement renoncé ? Je ne pourrais pas lui en vouloir, ce serait faire preuve de raison de sa part. Elle serait tellement mieux avec quelqu’un de plus jeune, de moins « malade », de plus… Fréquentable. Quelqu’un d’autre que moi. Je ne lui en voudrais pas, mais elle me manquerait. Son excentricité capillaire, sa maladresse, sa bonne humeur, sa fougue. Tout ce qui fait qu’à mes yeux, elle est magnifique, parfaite. Mon opposé.

 

Des murmures derrière moi, une exclamation, celle de sa mère. J’ose me retourner, j’ai un peu peur.

Elle est là. Elle avance vers moi d’un pas lent, au bras de son père. Elle porte une robe blanche toute en simplicité. Simple mais belle. Un voile recouvre son visage et ses cheveux. Ils sont roses, d’ailleurs. Rose comme lorsqu’elle est heureuse. Rose comme quand elle se sent bien.

Elle est à ma hauteur maintenant, son père la laisse me rejoindre face au sorcier qui va nous unir.

Je ne peux me retenir d’esquisser un sourire en prenant sa main. Je viens de le penser sans crainte : « nous unir ». Mais j’ai toujours du mal à réaliser. Comme si j’étais en train de rêver et que bientôt, j’allais me réveiller, seul et sans amour. Seul comme je l’étais jusqu’à ce que je la rencontre. Elle, la petite touche de folie dans le tableau de ma vie si sage, et si vide.

 

Elle me voit sourire, alors elle me sourit à son tour. Je sens sa main trembler un peu dans ma mienne. Je la presse un peu plus fort, pour la rassurer. Comme si elle en avait besoin, alors que de nous deux, le plus terrifié, c’est moi.

Si le sorcier n’avait pas toussoté pour nous rappeler la raison de notre présence ici, je crois qu’on aurait pu rester toute la journée ainsi, à se regarder dans les yeux, à se sourire, à se tenir la main. C’est presque avec regret que finalement, nous nous retournons pour lui faire face, et écouter ce qu’il a à nous dire.

Enfin, écouter… Entendre, plus ou moins. Et encore, d’une oreille vraiment distraite. Je ne peux m’empêcher de laisser mon regard glisser vers elle, d’observer le profil de son visage sous le voile qui le dissimule. Je la vois remuer les lèvres, je l’entends prononcer un :

 

– Oui, je le veux.

 

Puis le silence. Un toussotement, encore, de la part du sorcier. Et son regard à elle qui se pose sur moi. Ses grands yeux qui me fixent, un peu inquiets, un peu… Dans l’attente d’une action de ma part.

Ah oui… J’ai failli oublier. Je dois parler moi aussi. Je dois « confirmer » aussi mon engagement. Devant cet homme, devant les autres. Pour valider notre union. Comme si leur présence changeait quelque chose. Pour moi, ce n’est qu’une formalité administrative. Pour moi, je lui appartiens déjà.

 

– Oui, je le veux.

 

Voilà, c’est fait. Nous sommes mariés. J’entends encore le sorcier nous réciter sa prose, pour finalement m’autoriser à « embrasser la mariée ». Enfin.

Je lève les mains vers son voile, je le soulève. Elle sourit. Elle est radieuse. Je l’aime.

Mon cœur s’enflamme. Je la serre contre moi et je l’embrasse, passionnément. Elle est surprise, elle n’est pas habituée à ce que je fasse preuve d’aussi peu de retenue.

Je la serre encore plus fort contre moi, j’approfondis mon baiser. Plus rien n’existe autour de moi, sinon elle. Elle et elle seule. Elle, pour le reste de ma vie. Pour le meilleur, et…

Non, il n’y aura pas de pire avec elle. Ou s’il y en a, alors je verrai ça en temps venu. Pour l’instant, je m’en fiche un peu. Pour l’instant, je ne vois qu’elle, je ne veux qu’elle.

 

Mais les meilleures choses ont une fin. Quelques applaudissements ont retentis autour de nous. Et elle a mis fin à ce baiser, pour se tourner vers eux. J’ai du revenir dans le monde réel, à mon grand regret.

 

Ils me l’ont prise, mais c’est normal. C’est sa famille. Moi, il y a longtemps que je n’en ai plus. Et alors que je m’éloigne un peu, pour les laisser ensemble, je remarque que ses cheveux ont viré au rouge vermillon sous son voile. Le résultat de notre baiser ? Je ne vois que ça comme réponse. Ca me fait sourire. Vivement ce soir, tiens…

 

Sa mère pleure. Elle est émue. C’est normal. Tonks est sa fille unique. Son père les regarde, d’un air affectueux. Ses yeux sont humides aussi, mais il ne pleure pas à chaudes larmes. C’est normal, c’est un homme.

 

« – J’aurais pleuré moi… »

 

Je n’ai pas pu m’empêcher de sursauter et de regarder derrière moi. Mais il n’y avait personne. Logique. C’était la voix de Sirius. Et Sirius est mort. J’ai du rêver.

 

« – Pas tant que ça… »

 

Allons bon, ça recommence ! La voix que James maintenant. Je deviens fou ?

 

« – Tu l’étais déjà… »

 

Sirius de nouveau. Je n’ose plus bouger. Ca ne peut pas être des fantômes. Je les verrai sinon. C’est juste des voix. Leurs voix. Qui résonnent dans ma tête, qui semblent venir de…

 

« – De ton cœur… »

 

Lily. C’était la voix de Lily. Les larmes me montent aux yeux. Je ne comprends plus. Comment se fait-il…

 

« – Réfléchis un peu Lunard, explique la voix de Cornedrue. Tu croyais vraiment qu’on allait te laisser faire la fête sans nous ? »

« – Mais vous êtes morts ! Je ne peux pas vous entendre ! Ce n’est…»

 

Je m’interromps pour regarder ma femme et ses parents. Ils n’ont pas réagi. Cela signifie que je n’ai pas parlé. J’ai donc pensé. D’une certaine façon, ça me rassure. Mais je ne comprends toujours pas.

 

« – Nos corps sont morts, Remus. Pas nos âmes… »

 

Lily, toujours sérieuse et douce.

 

« – Enfin, si, quand même un peu ! »

« – Sirius, tais-toi, laisse-moi m’expliquer ! »

« – D’accord, je me tais… »

« – Bref… Nos corps sont morts, mais pas nos âmes, pas totalement. Elles continuent de vivre dans les cœurs et les mémoires de ceux qui nous ont aimés. Et si nous le souhaitons, et qu’ils le souhaitent aussi d’ailleurs, nous pouvons venir leur parler. C’est pour cela que tu nous entends dans ton cœur. Parce que nous y serons toujours. »

« – Pas si facile de se débarrasser de moi, hein ? ! »

« – SIRIUS !!! »

 

            Je réprime un sourire. Ce sont bien eux, ils n’ont pas changés.

Je ne réprime plus mon sourire. Ils sont là, avec moi. Je suis heureux. Je ne suis plus seul.

 

« – Et oui ! On sera là aussi ce soir, quand tu… »

BANG !

 

Tiens, Lily vient de donner une claque à Sirius. C’est bizarre que même ça, je puisse l’entendre. A moins que je ne l’imagine…

 

« – Nous sommes bien réels, mon ami. Autant que l’est l’affection que tu nous portes, même après notre mort. »

 

            La voix de James me fait frissonner. Elle me rappelle tellement de choses, de moments.

 

« -Vous me manquez, tous les trois. Vous n’auriez pas du partir avant moi, ce n’est pas juste… »

« – La vie est ainsi faite. Nous avons eu notre temps, et nous avons été heureux, pendant ce temps… »

« – Parle pour toi ! Azkaban n’a rien d’un paradis ! Surtout quand tu y passes une bonne partie de ta vie. »

« – Et le reste de ton temps, n’as-tu pas été heureux ? »

 

Bref silence dans ma tête, dans mon cœur.

 

« – Si, tu as raison. Ca en valait la peine. »

 

Soudain, je les sens se retirer discrètement. Je ne veux pas, pas tout de suite, pas alors que j’ai l’impression de les avoir retrouvés. Pas si vite…

Mais je comprends pourquoi. Nymphadora est en train de s’avancer vers moi. Ils ne veulent pas nous déranger, ils veulent nous laisser seuls.  Je suis sûre qu’elle comprendrait si je lui expliquais.

 

« – Dis lui juste bonjours de ma part… »

 

La voix de Sirius n’était plus qu’un murmure, à peine audible.

 

« – Et aussi qu’elle est très belle, et qu’elle ne pouvait pas choisir meilleur mari… »

 

            Je ne sais pas si j’oserai lui dire pareille chose. Mais alors qu’elle me rejoint et remarque mon sourire, elle s’interroge.

 

– Tu as l’air heureux, chuchote-t-elle. Et quelque chose me dit que ce n’est pas entièrement du à notre mariage…

 

En guise de réponse, je la prends contre moi et vient embrasser son front.

 

– De vieux amis m’ont fait parvenir leurs félicitations. Et… Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu de leurs nouvelles. Ils m’ont fait un très beau cadeau, pour notre mariage…

– Tu es donc vraiment heureux ?

– Oui. Mais qui ne le serait pas, avec une épouse aussi belle et des amis aussi fidèles ? !

 

Au moment où elle m’avait rejoint, ses cheveux étaient redevenus roses. Mais maintenant, alors que je la tiens serrée entre mes bras, ils sont en train de redevenir rouge passion.

 

– Et si…

 

Elle s’éclaircit un peu la voix et ose lever les yeux vers moi. Ses pommettes sont en train de prendre la même teinte que sa chevelure.

 

– Et si, poursuit-elle. Et si on transplanait discrètement vers un endroit plus… Privé ?

 

C’est bizarre. Mais j’ai l’impression que cette couleur pourpre est en train de gagner mon visage aussi. Et cette proposition qu’elle vient de me faire est vraiment très… Alléchante. Je déglutis avec un peu de difficulté et finis par lui murmurer :

 

– Trouvons nous un buisson…

 

Un léger sort de confusion nous permet de détourner l’attention de sa famille et du sorcier qui nous a unit. Un grand bosquet de roses nous dissimule. Et juste avant que le transplanage ne nous emporte vers notre chambre d’hôtel, je parviens à chuchoter à son oreille :

 

– Sirius te dit bonjour…. Et il te trouve charmante…

 

J’aperçois un sourire. Elle n’est pas surprise. Normal, c’est ma femme. Rien ne l’étonne plus, me concernant. C’est pour ça que je l’aime….

 FIN

Hayden / Brooke

Parce que des fois, faut s’amuser…

Vous avez peut-être vu sur Facebook le « chibi » que j’ai fait me représentant.

Pour les non-initiés, « chibi » signifie en japonais « petit, miniature ». C’est donc une miniature de moi que j’avais posté. Il y a une « appli » sur devianart top :

 

http://gen8.deviantart.com/art/Chibi-Maker-346025144

 

Et ce soir, je me suis dit « et si je faisais des chibi de Brooke et Hayden » (je sais que ce sont les chouchous de certains d’entre vous) ?

Je me suis donc attelée à la tâche, et après quelques farfouillages, je suis arrivée à un résultat plutôt satisfaisant.

Cependant, comme je trouvais que les habits normaux ne rendaient pas honneur à mes personnages, j’ai décidé de les représenter dans leurs tenues « Autre Monde ».

 

Et voilà le résultat. Attention, ça relève un peu du spoiler, mais bon, pas trop non plus (juste les fringues en gros).

* Brooke :

Brooke

Normalement, ça devrait être des Sais qu’elle aurait dans les mains, mais bon, y’avait qu’un Kunai ou des épées. Je lui ai donnée une expression « en colère » puisque c’est une éternelle révoltée.

* Hayden :

Hayden

 

Oui, on est loin du gentil Hayden, n’est-ce pas ? Mais n’oubliez pas que c’est un guerrier, donc bon.

 

Voilà, c’était le petit délire du soir.

Pour parler plus sérieusement, j’ai une amie qui travaille sur des illustrations de mes personnages. Et pour l’instant, son sujet de travail est justement Hayden et Brooke. Donc peut-être que bientôt, quand on aura finaliser les illustrations, je pourrais vous présenter « officiellement » à mes deux personnages.

Allez, c’est pas tout, mais y’en a qui bossent demain.

Bizz

« L’Autre Monde » Chapitre 5 : Artistes

L’Autre Monde – Chroniques des Guerres de la Lune

Tome 1 «Jours Heureux ».

Chapitre 5 : « Artistes »

 

 

Si Brooke pensait être la première levée dans la résidence, elle se trompait. Julian, malgré son arrivée plus que tardive, était déjà debout depuis un peu plus d’une heure et se trouvait dans son antre : la cuisine.

Pour lui, des vacances réussies commençaient impérativement par la préparation d’un plat qu’il considérait comme essentiel, celui qui avait été à l’origine de sa vocation. Le seul dessert que sa mère maîtrisait et qu’elle lui préparait encore quand il passait quelques jours chez elle. Ce n’était pas de la grande gastronomie, plutôt une recette simple et familiale. Mais elle restait sans conteste sa préférée et il prenait grand plaisir à la réaliser pour toute la maisonnée : les pancakes.

Ava, en bon chef de clan, avait organisé cette semaine de vacances d’une main de maître. Un mois auparavant, elle avait consulté Julian et Swane et leur avait donné carte blanche pour les repas. Le cuisinier avait alors élaboré un menu varié pour toute la période, en tenant compte des goûts de chacun. Il avait ensuite communiqué la liste des produits nécessaires à Ava qui avait tout fait livrer la veille.

Par conséquent, à peine levé et douché, le jeune homme avait inspecté le garde-manger, prélevé ce qui lui serait nécessaire et s’était attaqué à la pâte. Le temps de repos venant de s’achever, il préleva une petite louche de liquide, la versa dans la poêle préalablement chauffée, laissa dorer deux minutes avant de retourner la crêpe. Deux autres minutes s’écoulèrent puis la spatule qu’il utilisait vint déposer le pancake fin prêt dans une grande assiette.

Julian pratiquait ces gestes depuis si longtemps que très vite, il se mit à les exécuter sans y prêter attention, pour aller se perdre dans ses pensées. Et comme toujours, c’est à Swane qu’il se mit à songer. Ils avaient annoncé leurs fiançailles quelques mois auparavant, et le mariage était prévu pour l’année suivante. Le jeune homme était partagé entre panique et bonheur suprême en imaginant l’évènement à venir. Et encore une fois, il ne fut pas loin de se pincer pour se convaincre que ce n’était pas un rêve : il allait épouser Swane ! Il avait déjà mis du temps à assimiler totalement qu’elle ait accepté de sortir avec lui. Mais cette fois-ci, Julian était sûr que même des années plus tard, il serait tout autant troublé qu’aujourd’hui.

Il esquissa un bref sourire en se remémorant leur première rencontre : dans l’ascenseur qui le menait à son entretien d’embauche pour le poste de chef cuisinier d’un nouveau restaurant. Elle était montée en même temps que lui, sobrement vêtue d’un tailleur gris, une petite sacoche à la main. Il avait croisé brièvement son regard et avait été surpris par l’innocence de ses grands yeux noisette. Alors qu’il était d’une timidité maladive depuis son plus jeune âge, il lui avait demandé :

 

 

— Vous venez pour l’entretien ?

 

Elle l’avait regardé à son tour et avait simplement répondu « oui ». Le fait de lui adresser la parole relevait déjà de l’exploit. Pourtant, il s’était encore plus surpris en poursuivant :

 

 

— Vous savez qui est le futur propriétaire du restaurant ? J’espère qu’il connaît le métier. Et surtout qu’il ne pense pas qu’à l’argent, ou que son but soit de jouer au tyran dans son établissement…

 

Rien n’était prémédité, les mots étaient sortis tous seuls de sa bouche. Jamais il ne se serait imaginé engager la discussion avec une inconnue, surtout pour lui tenir des propos pareils. Quand il vit la jeune femme avoir un bref recul de surprise en entendant son discours, un début de malaise s’empara de lui. Peut-être avait-il été trop loin, finalement ? Mais un franc sourire succéda à cette première hésitation, illuminant tout son visage et faisant pétiller ses jolis yeux noisette.

 

 

_ J’espère aussi, avait-elle répondu. Mais peut-être que ça va dépendre du candidat ?

— Oui, sû… Sûrement, vous avez sûrement raison, avait-il bredouillé.

 

Puis il s’était tu, l’envie de poursuivre la conversation luttant contre la peur de se ridiculiser encore plus. La voir sortir au même étage que lui ne l’avait pas surpris, puisqu’elle avait admis venir pour l’entretien. Le salut qu’elle adressa à la secrétaire avant d’entrer dans le bureau avait soulevé quelques interrogations dans son esprit. Mais il ne s’était pas attardé sur sa réflexion, tant il était concentré sur le rendez-vous à venir.

Ce n’est que lorsque l’assistante avait appelé son nom et l’avait invité à pénétrer dans le bureau qu’il s’était rendu compte de la situation dans laquelle il se trouvait. Assise derrière un énorme secrétaire en acajou qui aurait tout à fait trouvé sa place à l’époque post-napoléonienne, elle avait levé les yeux vers lui, avant de se lever et venir à sa rencontre.

 

 

— Bonjour ! Je suis Swane MacFarlow, la propriétaire du restaurant « Washington – Castle of Delights ». Et je suis ravie de vous rencontrer, Mr Bailey.

 

Julian avait serré la main qu’elle lui tendait, tout en évitant de croiser son regard. Il était resté ainsi quelques instants avant d’oser lui parler et de déclarer :

 

— Au vu de, hmmmm… la conversation et des… propos… peu respectueux que j’ai tenu dans l’ascenseur, je pense qu’il vaudrait mieux que j’arrête de vous faire perdre votre temps. Je vous présente toutes mes excuses pour ces paroles inconvenantes, je… j’étais loin de penser que, enfin… que le propriétaire du nouveau restaurant gastronomique de Washington puisse être… enfin…

— Une femme ? Si cela vous pose un problème, je peux me grimer en homme. Je l’ai déjà fait pour l’anniversaire de mon frère, et il paraît que je porte la moustache à merveille !

— Je n’en doute pas, mais là n’est pas la question. Je vous ai manqué de respect, je n’ai donc pas ma place ici.

— C’est à moi d’en juger, si vous le permettez. Que ce soit de votre « manque de respect » ou de votre « place ici ».

 

Et pendant tout leur échange, Swane n’avait pas relâché la pression de ses doigts sur les siens. Elle avait des mains de femme, fines et douces, mais sa poigne n’avait rien à envier aux hommes d’affaires qu’il avait pu rencontrer. Cela le troublait, car il devinait un tempérament fort sous son apparence douce et souriante.

 

 

— Voudriez-vous me rendre ma main ? finit-il par demander.

— Certainement pas ! répondit-elle en resserrant sa prise. Maintenant que je vous tiens, je ne vous lâche plus !

— Ne jouez pas avec moi, s’il vous plait ! Vous trouvez peut-être très drôle de vous venger de mon comportement de la sorte, mais…

— Votre « comportement » m’a fait beaucoup rire ! Sincèrement ! Surtout venant du cuisinier de génie que je veux embaucher…

 

La stratégie de Swane, à savoir détourner l’attention de Julian de « l’incident dans l’ascenseur » par un savant compliment, fonctionna à merveille. Le jeune homme avait ouvert la bouche pour répondre mais il s’interrompit, et elle en profita pour poursuivre son argumentation.

 

 

— Ecoutez, je vous propose l’accord suivant : oublions cette première rencontre et concentrons-nous sur l’instant présent. Je suis la jeune et heureuse propriétaire d’un restaurant flambant neuf et vous êtes un jeune mais non moins prometteur chef cuisinier. J’ai un foutu caractère et la langue bien pendue, tandis que vous êtes respectueux et timide. Associons nos différences et talents respectifs, et je suis sûre que ce qui en ressortira sera… explosif.

— Comment pouvez-vous être sûre que je vais convenir au poste ? Ou que celui-ci va me plaire ? Et même que notre « collaboration » va fonctionner ?

— Pour vous répondre dans l’ordre… d’abord, j’ai décortiqué votre C.V, dégusté votre cuisine dans vos précédents emplois et fait des recherches sur vous : vous êtes l’homme qu’il me faut. Ensuite, si vous prenez le poste, vous aurez une liberté totale. Ce sera votre carte, votre cuisine, votre brigade. Et enfin, nous allons faire un malheur, parce que personne ne croit en nous, et c’est ça qui va faire la différence.

 

Leur discussion s’était poursuivie pendant deux heures. Julian avait fini par céder face aux arguments de Swane, et elle avait finalement relâché sa main. Quand il y repensait, il se disait que la situation avait été assez… paradoxale. C’était son employeur qui avait dû plaider pour lui faire accepter le poste. Et non l’inverse.

L’avenir prédit par la jeune femme s’était concrétisé. Elle avait mis son bagou et sa force de caractère dans la campagne de communication associée au lancement du restaurant. De plus, elle avait utilisé l’influence du clan Gardener pour dénicher les bons contacts et soutiens. Ainsi, c’est tout le gratin de la ville qui avait assisté au premier dîner inaugural du « Washington – Castle of Delights ». Les parents de la jeune femme, qui avaient émis de grosses réserves sur le projet de leur fille, avaient été impressionnés par sa prestance, son sérieux et son autorité. Son culot et sa persévérance avaient fini par payer, et son restaurant était désormais une adresse incontournable. De nombreux critiques gastronomiques étaient venus leur rendre visite, et tous d’accord pour se dire « époustouflés par la créativité et la maîtrise du jeune chef ».

Tous les deux partis de rien, ils pouvaient maintenant se vanter d’appartenir aux références de la profession. Et de surcroit, ils étaient à quelques mois de leur mariage. Que de chemin parcouru depuis cette montée en ascenseur, quatre années auparavant.

La pile de pancakes avait bien grandi quand Julian redescendit de son petit nuage. Et c’est amusé qu’il découvrit la forme qu’avait pris celui qu’il était en train de faire cuire : un cœur. Y voyant un signe, il attrapa une nouvelle assiette une fois la cuisson terminée et l’y déposa. Puis il versa une nouvelle louche de pâte et entreprit de lui donner la même forme que le précédent. Puis le cuisinier se mit à imaginer comment les décorer : des tranches de pommes nappées de sirop d’érable pour l’un ; de la confiture de fraises pour l’autre. Il peaufina sa décoration par une nuée de petits cœurs découpés dans des feuilles de menthe, ce qui s’accorda très bien avec la forme qu’il avait donnée à chacun de ses ingrédients.

Julian imaginait très bien la réaction de Swane à la vue de son petit-déjeuner « personnalisé ». Elle sourirait, puis viendrait lui souffler à l’oreille qu’il était un artiste.

Comme quoi, on pouvait faire de l’art, même avec des pancakes…

 

 

***

 

 

Peu de personnes savaient qui était Euterpe. Cela remontait à l’époque de la Grèce Antique, quand on ne parlait pas « d’art » mais de « tekhne ». Ces activités avaient pour marraines les Muses, et Euterpe était l’une d’elle, celle de la musique.

Les siècles avaient passé, et la musique était devenue le « 4e art ». Mais pour Ryan, elle aurait dû être le premier. Selon lui, rien ne la surpassait. L’architecture, la sculpture, les arts visuels, on pouvait ne pas aimer. Mais la musique… « Je ferai un feu de joie de mon piano le jour où on me présentera quelqu’un qui déteste ça ! ». Et quand on connaissait l’attachement du jeune homme à son instrument, on avait un bref aperçu de sa conviction.

Depuis son plus jeune âge, Ryan vivait pour et par la musique. Cela tenait peut-être au fait que sa mère, pendant sa grossesse, avait dû rester alitée de nombreuses semaines et avait passé le temps en écoutant ses disques préférés. Ou peut-être de son père qui avait pour habitude de décompresser de sa journée en jouant quelques morceaux sur le vieux piano familial, avec Ryan assis sur ses genoux ou à ses côtés.

Cette passion du jeune garçon pour la musique avait donc plusieurs sources. A l’âge de quatre ans, il avait intégré un cours de piano dans la prestigieuse « Levine School of Music » et il n’avait depuis jamais arrêté de jouer. Tout son temps libre était partagé par des stages de perfectionnement, des exercices, des cours particuliers, dans le but de devenir concertiste. Et à vingt-deux ans, le rêve se trouvait enfin à sa portée. Il avait récemment été contacté pour accompagner l’Orchestre Philharmonique du Maryland, et son tout premier concert était prévu pour Thanksgiving.

Dire qu’Aislinn, sa petite amie, était fière de lui relevait de l’euphémisme. Lorsque Ryan lui avait annoncé la nouvelle, elle avait hurlé si fort de joie que Brooke, sa sœur adoptive avait accouru dans sa chambre, persuadée qu’un drame était survenu. Mais à la place, c’était une tornade blonde lui avait sauté au cou en criant : « Ryan va faire un concert, Ryan va faire un concert, Ryan va faire un concert !!! ».

L’annonce était tombée deux mois auparavant. Depuis, le jeune homme travaillait plus dur que jamais, du matin au soir, sans relâche. Il répétait tous les morceaux de son répertoire jusqu’à les maîtriser à la perfection. Il devait même rêver piano, car plus d’une fois, Aislinn avait surpris les mains de son petit ami en train de jouer une symphonie pendant son sommeil. Il faisait partie de ces personnes incapables de se souvenir du contenu de leurs songes une fois réveillé. Mais il n’avait pas manqué de lui demander si ses mouvements avaient l’air fluides ou saccadés, avant de capituler devant l’air amusé de son amie.

C’était le premier jour de leurs vacances, et le petit réveil de la chambre qu’ils occupaient affichait 7h00. Ryan était assis par terre, ses partitions étalées devant lui, le casque de son MP3 vissé sur les oreilles. Pour la énième fois, il écoutait les enregistrements de ses morceaux favoris, pour en assimiler la moindre microseconde.

Aislinn était réveillée depuis dix minutes, mais il ne s’en était absolument pas aperçu. Lovée dans les draps de leur lit, elle le regardait « mimer » la musique, parfois d’un seul doigt tel un chef d’orchestre, parfois en pianotant comme s’il se trouvait réellement devant son instrument fétiche. A en juger par sa tignasse châtain encore ébouriffée et son pyjama, la jeune femme supposa qu’il avait dû s’atteler à cette répétition silencieuse dès le saut du lit. Elle remarqua avec inquiétude les os de ses omoplates pointer à travers le vêtement, dans lequel il semblait littéralement flotter.

 

 

« Il a encore maigri, songea la jeune fille. Je parie qu’il oublie de manger le midi. Heureusement que Julian est là, il va pouvoir m’aider à le remplumer. Et Soan ne va pas accepter de voir son petit frère aussi gringalet. Le connaissant, il va lui faire faire quelques séries de pompes… »

 

 

La perspective d’assister à une telle scène la fit sourire. Respectueux des consignes de son aîné, Ryan se plierait volontiers aux exercices qu’il lui suggèrerait. Mais quoi de plus drôle que de voir quelqu’un en tenue sportive enchaîner les séries de pompes, avec d’élégants gants en cuir pour protéger ses mains ?

 

 

— Ne te moque pas, Soan ! l’entendait-elle répliquer face à l’hilarité du coach sportif. Toi, ton outil de travail, ce sont tes muscles. Moi, ce sont mes mains. Si je les abime, je peux dire adieu à ma carrière !

 

 

Aislinn n’avait fait qu’imaginer la scène, mais comme s’il l’avait entendue, Ryan s’arrêta de mimer son morceau pour se décontracter les doigts. La jeune femme constatait qu’à force de solliciter ses articulations, il avait eu beaucoup de crampes ces temps-ci. En général, ces douleurs survenaient en fin de journée, après une énième répétition, mais jamais dès le matin. Ou alors, c’était que Ryan les lui cachait, ce qui lui ressemblait bien.

 

 

« Très bien, songea-t-elle en écartant les draps avant de s’asseoir sur le bord du lit. Puisque Monsieur me fait des cachotteries, on va employer les grands remèdes. Et tant pis pour Mozart et Beethoven ! »

 

 

 

Elle se leva, se dirigea vers son petit ami qui n’avait absolument rien remarqué, et commença par lui ôter le casque de son MP3.

 

 

— Eh ! s’indigna-t-il aussitôt. C’était le troisième mouvement de la sonate en La majeur !

— Tu présenteras mes plus plates excuses à Wolfgang, répondit-elle en s’accroupissant pour ramasser les partitions. Mais mon pianiste préféré a besoin d’un petit traitement de faveur !

— Tu veux un câlin dès le matin ?

 

 

En voyant son regard interrogateur, Aislinn faillit exploser de rire. Il n’y avait pas grand-chose qui pouvait interrompre Ryan dans ses répétitions. Un joli déshabillé, une pose lascive et une voix langoureuse y parvenaient parfois. Seule la célèbre « Truite » de Schubert (le morceau favori du jeune homme) lui résistait encore, et elle savait la bataille perdue d’avance contre cette fichue poiscaille. Mais ce matin, ce n’était que Mozart, elle avait donc une petite chance.

 

 

— C’est bien ça ? insista-t-il. Tu veux me faire faire un peu de sport matinal ?

 

 

Avec son grand sourire, son expression impatiente, et l’éclat de ses yeux marron-vert, on aurait dit un enfant sur le point d’ouvrir ses cadeaux de Noël. Aislinn resta figée quelques instants, puis ramassa les dernières partitions qui traînaient encore sur le sol.

C’était cette facette de sa personnalité qu’elle aimait le plus. Cette capacité à s’émerveiller de tout et de rien, à être sérieux un instant avant de subitement se jeter sur elle pour une « bataille de chatouilles », tout cela contrastait tant avec cette rigueur qu’il s’imposait dans la pratique de son art. Elle aimait les deux personnages ; l’un l’amusait, l’autre la fascinait.

 

 

— Eh non, finit-elle par répondre. Figure-toi qu’il y a d’autres manières de faire du bien à mon artiste préféré. Adosse-toi au bord du lit s’il te plait.

— Pas de câlin ?

 

 

Sa mine presque déçue était très drôle, mais la jeune fille ne céda pas. Elle savait pertinemment que Ryan pouvait user de son air innocent pour la faire succomber.

 

 

— Non, pas de câlin. Allez, exécution !

— OK

 

 

Aislinn pouvait se montrer très autoritaire, et elle pouvait même se vanter d’être capable de faire plier Brooke. Ryan n’eut donc d’autre choix que d’obtempérer et d’abandonner temporairement Mozart et ses répétitions silencieuses. Une fois qu’il fut bien installé contre leur lit, la jeune fille vint s’asseoir devant lui et entreprit de lui masser les mains, en particulier les articulations. Doucement, par de légères pressions, elle parvint à effacer les tensions qui commençaient à s’installer dans les doigts de son petit-ami. Lequel ne put d’ailleurs retenir un soupir de bien-être.

 

 

— Avoue que c’est tout aussi bien qu’un câlin, lui glissa-t-elle en le sentant se décontracter.

— Mes mains apprécient, murmura-t-il en réponse. Mais une autre partie de mon anatomie ne serait pas contre quelques attentions…

— On verra plus tard, répondit-elle tout en esquissant un sourire face à son insistance. Pour l’instant, une chose après l’autre.

 

 

Les mains expertes de la jeune fille remplissaient parfaitement leur office, et bientôt, Ryan se détendit totalement, au point de somnoler. La jeune fille avait des doigts de fée : c’était inné chez elle, elle avait toujours su apporter du bien-être via ses massages. La question d’en faire son métier avait même été envisagée, mais elle avait préféré suivre le cursus d’infirmière « pour soigner le plus de personnes possible ». Kieran l’embauchait régulièrement dans son cabinet pour le suppléer, ce qui permettait à Aislinn d’arrondir ses fins de mois tout en poursuivant ses études. Ces premiers pas dans le monde de la médecine l’avaient convaincue d’avoir fait le bon choix et d’avoir trouvé sa voie.

Mais pour l’instant, Ryan ne pensait qu’à une seule chose : le massage qu’elle était en train de lui prodiguer. A peine trouva-t-il la force de lui murmurer : « On est bien assortis toi et moi… Tous les deux avec des mains d’artiste… » avant de s’endormir.

La jeune fille le sentit sombrer dans le sommeil mais n’interrompit pas pour autant son massage. Les deux allaient de pair pour que le jeune homme soit au meilleur de ses capacités. Et elle comptait bien éradiquer la moindre petite tension de ses articulations ! Après tout, quand on est un artiste, on vise la perfection, sinon rien.

 

***

 

Un grand merci à Crumby/Cat, Omé/Gobelinou et Louise pour leur béta-lecture, et la patience qu’ils ont accordée à ce chapitre.

« L’Autre Monde » Chapitre 4 : Eveil

L’Autre Monde – Chroniques des Guerres de la Lune

Tome 1 «Jours Heureux ».

Chapitre 4 : « Eveil »

 

 

 

Aimer dormir la fenêtre ouverte était un de leurs points communs. Et dans la résidence d’été du clan, toutes les pièces étaient dotées de grandes et hautes fenêtres qui laissaient entrer la lumière. A peine avaient-ils posé leurs valises dans leur chambre qu’ils déplaçaient le lit sous la fenêtre, pour pouvoir s’endormir en regardant la lune et les étoiles.

 

 

— Demain, elle sera pleine, avait-il déclaré en admirant l’astre nocturne. On pourra presque y voir comme en plein jour.

 

 

Elle n’avait pas répondu, se contentant d’esquisser un petit sourire. Quand la lune serait ronde, la jeune fille pourrait s’adonner à une de ses activités favorites : admirer le garçon qu’elle aimait dormir à poings fermés. Cependant, jamais elle n’aurait pris le risque de le lui avouer, sous peine de voir son côté un peu narcissique ressortir de plus belle.

 

Certes, c’était la nuit précédant la pleine lune, mais la luminosité était suffisante, en tout cas pour cette activité. Elle ne savait pas ce qui l’avait réveillée, mais ça ne la dérangeait pas le moins du monde. Elle saisissait l’occasion pour détailler le visage du jeune homme paisiblement endormi à ses côtés. Son nez droit, ses lèvres pleines, les mèches claires qui retombaient sur son front, elle ne pouvait nier qu’il était séduisant. Et elle n’était pas la seule ! Son air rebelle associé à ses yeux bleus l’avait fait remarquer par un chasseur de têtes, et son temps était désormais réparti entre ses études et ses shooting photos. Elle le partageait donc avec toutes les lectrices des magazines dans lesquels il apparaissait. Elle n’en était pas jalouse, bien au contraire. Elle était plutôt fière d’imaginer toutes les adolescentes en train de se pâmer sur son image de papier glacé, alors qu’elle l’avait en chair et en os, et dans son lit.

 

Elle n’avait jamais entendu parler de lui avant qu’Hayden, son camarade de fac, ne le lui présente. Elle l’avait trouvé séduisant, mais sans plus. Le numéro de charme qu’il lui avait fait l’avait bien amusée, mais le comportement méprisant qu’il avait eu envers Hayden avait profondément choqué la jeune fille. Elle avait du mal à comprendre qu’on ne puisse pas apprécier son ami, lui qui était la gentillesse incarnée. D’ailleurs, le jeune étudiant s’était assez vite éclipsé au vu de la tentative de séduction donc elle était l’objet. Elle avait bien essayé de le retenir, mais il s’était répandu en excuses avant de s’en aller. Le regard assassin que son dragueur avait adressé à Hayden devait y être pour beaucoup, et même maintenant, elle se demandait pourquoi elle était restée à l’écouter plutôt que de repartir avec son ami. Il avait dû négocier âprement pendant vingt minutes avant qu’elle accepte de prendre un café avec lui, mais plus pour avoir la paix et pouvoir rentrer chez elle que par réelle envie. Ils s’étaient retrouvés le lendemain en fin d’après-midi. Le café s’était éternisé jusqu’en début de soirée, puis avait laissé sa place à un cinéma, un dîner et un dernier verre. Il l’avait raccompagnée jusque chez elle et à la grande surprise de la jeune fille, il était resté très galant, ne tentant même pas de l’embrasser. Un simple « C’était une chouette soirée, faudrait remettre ça rapidement ! », rien de plus. Ils avaient réitéré l’expérience le lendemain, puis le surlendemain, et ainsi de suite pendant deux semaines. Une grande complicité s’était installée entre eux, nourrie de nombreux points communs et sujets de discussion. Pas une fois il n’avait fait allusion à la manière dont il gagnait sa vie. Ce n’est que lorsqu’une jeune fille était venue lui demander s’il pouvait faire une photo avec elle qu’il avait confessé avoir fait quelques clichés de mode, avant de vite changer de sujet.

 

La période des examens approchant à grands pas, elle avait dû mettre fin à ces sorties le temps de se replonger dans ses révisions. Trois semaines plus tard, alors qu’elle venait de terminer son dernier partiel, elle l’avait trouvé assis sur le capot de sa voiture, un double cappuccino à la main.

 

 

— Je me suis dit qu’après quatre heures d’examen, un peu de caféine et de chocolat te feraient du bien ! Lui avait-il dit en lui tendant le gobelet. Avec un seul sucre, beaucoup de mousse et des éclats de noisette.

 

 

C’est à ce moment qu’elle s’était rendu compte que sa simple présence lui avait manqué, et que cette petite attention (se souvenir de ce qu’elle avait pris lors de leur première sortie) le rendait vraiment adorable. Certes, le sujet « Hayden et la haine qu’il semblait lui vouer » continuait de lui déplaire. Cependant, cette facette de sa personnalité tranchait tellement avec celle qu’il affichait en sa présence qu’elle ne pouvait qu’espérer parvenir un jour à le faire changer d’avis.

 

Ils avaient passé la soirée ensemble, se racontant tout ce qui leur était arrivé pendant ces trois semaines. Il avait commencé à évoquer le reste de sa famille, sans trop rentrer dans les détails. Il avait simplement avoué être le chouchou de sa maman et en abuser souvent. Puis étaient arrivées dans la discussion ses études de management, qu’il suivait plus pour faire plaisir à sa mère que par réelle passion. Jour après jour, il se confiait un peu plus à elle, et jour après jour, leur amitié se renforçait. Il finit par reconnaître qu’il ne portait pas les proches d’Hayden dans son cœur, mais elle ne parvint pas à lui arracher la raison de cette la haine qu’il portait à son demi-frère. Têtue comme elle était, elle ne s’avoua pas vaincue et lui annonça clairement qu’elle prendrait le parti de ce dernier si Spencer ne changeait pas d’attitude.

 

Ce fut leur premier sujet de dispute. Malheureusement, plusieurs années plus tard, cela restait toujours un point de désaccord entre eux.

 

 

Leur premier baiser avait été comme une évidence, même si ni l’un ni l’autre ne l’avait vu venir. Il l’avait rejointe dans leur café préféré un soir après les cours. Elle était avec des amies, il sortait d’une séance de photos. Il s’était approché d’elle et lui avait dit bonjour de la manière habituelle, en l’embrassant sur la joue. Mais c’était sur ses lèvres qu’il s’était arrêté, et attardé avant de s’asseoir à côté d’elle et de lui prendre la main. Ce geste ne l’avait pas surprise, comme si c’était une chose qu’ils faisaient depuis des lustres, et elle s’était contentée de lui sourire et de lui demander :

 

 

— Alors, ta journée ?

— Flashante ! Avait-il répondu. Et la tienne ?

— Scientifiquement passionnante !

 

 

Et ils avaient éclaté de rire en même temps, avant qu’elle ne se tourne vers ses amies et qu’elle ne découvre leurs airs ébahis.

 

 

— Euh…. Avait bafouillé l’une d’elles. Ça fait longtemps que vous sortez ensemble ?

 

 

C’est alors qu’elle avait réalisé ce qui venait de se produire, et ce que ça impliquait. Elle avait tourné la tête vers lui, haussant un sourcil interrogateur, auquel il avait répondu par « un de ses petits sourires de charmeur », comme elle aimait à les qualifier.

 

 

— A peu près cinq minutes, avait-elle fini par répondre à ses amies. Pourquoi ?

 

 

Le reste de la soirée s’était déroulé comme dans un rêve. Rien n’avait changé entre eux, en dehors de leurs mains jointes et des petits baisers qui ponctuaient leurs discussions. Il l’avait raccompagnée chez elle, elle l’avait invité à monter prendre un dernier verre. Ils avaient fini lovés l’un contre l’autre sur son vieux canapé, à regarder un film. Le petit matin les avait trouvés au même endroit, profondément endormis.

 

Quand elle repensait à tous ces moments de fusion qu’ils vivaient depuis qu’ils se connaissaient, elle se disait que ce jeune homme était bien éloigné de celui qu’elle pouvait observer en présence de son petit frère. Enfin, de son « demi-frère » comme il aimait le rappeler à tout va. Comment l’homme qu’elle aimait et qui se montrait si simple et adorable avec elle pouvait se transformer en cette tête à claques imbue de sa personne et à la limite de la cruauté avec Hayden et ses proches ?

 

Avec le temps, elle avait fini par accepter ce besoin qu’il avait d’être le centre de l’attention. En général, ça la faisait sourire, et elle prenait plaisir à le surnommer « M. le paon en pleine parade ». Elle ne se privait pas non plus d’être sèche et dure avec lui quand il dépassait les bornes. Et en général, elle était une des rares personnes qu’il écoutait. Elle parvenait même à le faire se comporter normalement, y compris en dehors de leur couple.

 

Elle ne put s’empêcher de repenser à l’incident du jour, la fameuse fenêtre cassée. Il avait eu beau lui jurer qu’il ne l’avait pas fait exprès, elle savait pertinemment que c’était faux. Ce mensonge, ajouté à ce sabotage intentionnel, l’avait fait rentrer dans une colère noire, et elle avait menacé de retourner chez elle sur le champ s’il ne promettait pas de payer les frais de réparation. Et également de céder leur chambre à Hayden pour compenser. Il avait râlé, protesté, boudé, mais elle n’avait pas cédé d’un pouce, et il avait fini par accepter.

 

Elle ne désespérait pas de découvrir ce qui faisait que Spencer Gardener en veuille autant à son jeune demi-frère. Car s’il y avait bien un homme à qui Bethany Sanchez portait une affection aussi grande que l’amour qu’elle avait envers son petit ami, c’était bien Hayden.

Elle était perdue dans ses souvenirs et autres pensées quand elle sentit des bras l’enserrer doucement. Sans même se réveiller, Spencer avait senti que la jeune femme n’était pas où elle avait l’habitude d’être pendant la nuit : blottie contre lui, la tête posée sur son épaule. Bethany se laissa faire, passa un bras sur le torse du jeune homme pour aller poser sa main dans la sienne. Elle commença à décrire des arabesques dans la paume de Spencer, jusqu’à ce qu’il se rendorme profondément et qu’elle le rejoigne au pays des songes.

 

 

***

 

 

Le soleil commençait à peine à se lever quand Brooke ouvrit les yeux. Elle était toujours blottie dans les bras d’Hayden, mais c’était inévitable, l’aube naissante avait fait sonner en elle l’heure du réveil. Elle n’avait jamais été une grande dormeuse, et son trop plein d’énergie réclamait un jogging quotidien dès les premières lueurs du jour.

 

Ce matin-là n’échappait pas à la règle. Maintenant qu’elle avait ouvert les yeux, pas moyen de se rendormir, il fallait qu’elle se lève. Aussi entreprit-elle avec maintes précautions de s’extraire de l’étreinte de son ami, afin de le laisser finir sa nuit tranquillement. Une fois parvenue hors du lit, elle fouilla silencieusement dans son sac et en sortit sa tenue de sport : corsaire, débardeur, casquette, et maillot de bain. Elle hésita un instant avant de se saisir de ce dernier vêtement, mais la perspective d’un plongeon dans le lac après sa course l’emporta. Elle s’éclipsa dans la salle d’eau pour en ressortir habillée quelques minutes plus tard. Ses baskets étant restées à la tête de son lit, elle s’assit par terre afin de les lasser.

 

Alors qu’elle s’apprêtait à se relever, Hayden remua et se tourna sur le côté, dans sa direction. Sa respiration profonde lui confirma qu’il était toujours endormi, mais en bougeant, les draps avaient glissé derrière lui et plus rien de le couvrait.

 

Certes, la vue de son corps simplement vêtu d’un boxer n’était absolument pas désagréable à regarder, mais le petit côté protecteur de la jeune fille prit le dessus. Elle se releva, se pencha et doucement, recouvrit son ami avec le drap fugitif. Elle s’arrêta un instant pour s’assurer que ce simple geste n’allait pas le réveiller, mais il ne broncha pas. Brooke se surprit alors toute seule. Sans qu’elle l’ait prémédité, elle effleura une des mèches de cheveux bruns qui tombaient sur le front de Hayden. Un bref instant, elle se rappela avoir saisi à pleines mains cette même chevelure et ses lèvres se souvinrent elles aussi d’un autre contact. Elle se rappela les yeux bleus du jeune homme rivés aux siens, et ses bras forts qui la serraient contre lui. Ces mêmes bras qui l’avaient réconfortée cette nuit, dans lesquels elle se sentait si bien.

 

Serrant le poing, elle éloigna sa main du visage de Hayden et elle secoua la tête pour chasser ces souvenirs. Souvenirs ils étaient, souvenirs ils devaient rester. Elle se détourna rapidement et sortit de la chambre, avant de se laisser aller de nouveau.

 

 

***

 

 

C’était le début de l’été, et avec les examens de fin d’année et les révisions qui allaient avec, il avait passé plus de temps chez eux dans ses bouquins qu’à bronzer au soleil. Par conséquent, sa peau était d’une belle teinte blanche et tranchait avec son teint à elle, mat de nature.

 

Mais pour l’heure, ce qui fascinait le plus Spencer, c’était la mèche de cheveux noirs avec laquelle il jouait depuis qu’il s’était réveillé. Les rayons de soleil qui commençaient à inonder leur lit semblaient parsemer la chevelure sombre de Bethany de petits diamants, et il ne pouvait s’empêcher de s’en émerveiller, tel un enfant devant un nouveau jouet.

 

Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il observait ce phénomène, mais il ne s’en lassait pas. Il aimait glisser ses doigts parmi les longues mèches noires et soyeuses. Lui caresser les cheveux avait un effet relaxant sur lui et il pouvait passer toute une soirée à les démêler de ses mains, sans jamais en éprouver le moindre ennui.

 

Il aimait tout en elle. Sa longue chevelure noire et lisse et ses grands yeux bruns étaient les premières choses qu’il avait remarquées. Sa façon de se mordre la lèvre inférieure quand elle réfléchissait avait éveillé en lui une furieuse envie de l’embrasser, envie qu’il avait contenue de justesse. Puis il avait découvert son intelligence, sa curiosité et il avait commencé à tomber amoureux. Et quand enfin ils étaient sortis ensemble, c’était son corps qu’il avait rencontré.

 

Elle ne ressemblait pas aux autres filles qu’il avait connues. Elle avait des formes, des seins, des hanches. Elle avait tout d’une femme là où les « autres » n’avaient été que des « filles ». Leur première nuit ensemble avait été à la fois délicieuse et douloureuse pour lui. Délicieuse car la tenir dans ses bras était une chose à laquelle il rêvait depuis plusieurs mois déjà. Mais cette chaste proximité était d’autant plus douloureuse, ayant éveillé en lui un désir qu’il avait eu toutes les peines du monde à contenir. Ils avaient pris leur temps avant de passer le cap, et même si ce n’était pas leur première fois à chacun, Spencer avait découvert la signification du mot « fusion ».

 

Un frisson le parcourut à l’évocation de ce souvenir. Bethany dut le sentir car elle remua légèrement, tout en resserrant l’étreinte sur son torse. Pour l’apaiser, il entama une caresse sur son bras, partant du dessus de sa main pour remonter jusqu’à son épaule. Mais cette attention n’eut pas l’effet désiré, et c’est presque avec déception qu’il vit sa tête se redresser et ses yeux chercher les siens.

 

 

— Bonjour… Murmura-t-elle d’une voix encore pleine de sommeil.

— Buenos Dias, répondit-il en chuchotant.

 

 

Elle s’étira et vint se coller encore plus à lui, glissant une jambe sur sa cuisse.

 

 

— Tu es réveillé depuis longtemps ? Demanda-t-elle.

— Quelques minutes à peine, mentit-il. Je suis encore dans le rythme des révisions on dirait.

 

 

Elle se dressa un peu sur un coude et vint déposer un baiser sur ses lèvres.

 

 

— Pas de bouquin au saut du lit ! déclara-t-elle. Pendant une semaine au moins, il va falloir te trouver d’autres occupations matinales.

— Des suggestions ?

 

 

Il accompagna sa question d’un petit clin d’œil et d’un baiser plus approfondi, qu’elle se fit un plaisir de lui rendre. Ils venaient à peine de s’éveiller tous les deux, mais leurs corps eux étaient déjà en parfaite synchronisation. Les caresses se joignirent aux baisers, les vêtements de nuit furent ôtés, et la fusion entre eux se produisit.

 

Une dizaine de minutes plus tard, haletant mais heureux, Spencer embrassa Bethany une dernière fois avant de rouler à côté d’elle.

 

 

— Y’a pas à dire, parvint-il à dire une fois son souffle retrouvé. Ce genre d’occupation est beaucoup plus agréable que mes bouquins…

— Tu m’aurais dit le contraire, je t’aurais mordu je crois…

— Je t’aurais eu encore plus dans la peau, si c’est possible…

 

 

Il se tourna sur le côté pour la regarder, encore. Elle lui rendit son regard, esquissa un léger sourire et écarta les bras. Spencer vint se lover contre elle, la tête posée juste au-dessus de son sein, les yeux clos. Bethany entreprit alors de lisser entre ses doigts les mèches châtain clair de son petit ami. C’était leur petit rituel après l’amour, un partage de tendresse tout simple, où les mots étaient inutiles. Une douce communion, après la fusion.

 

Lequel des deux s’endormit le premier, Spencer ne le sut pas. Il s’éveilla un instant, écouta la profonde respiration de Bethany, puis se laissa sombrer de nouveau dans le sommeil. Sa dernière pensée consciente fut qu’il n’était pas loin du paradis. Et qu’il était vraiment heureux de ne pas avoir à porter le masque de « Spencer le fils parfait, le top model ». Avec elle, il n’avait à être que lui, une personne qu’au final, très peu de monde connaissait…

 

 

***

 

 

Un grand merci à Crumby/Cat et Omé/Gobelinou pour leur béta-lecture, et la patience qu’ils ont accordés à ce chapitre.

« L’Autre Monde » Chapitre 3 : Washington – Castle of Delights

            L’Autre Monde – Chroniques des Guerres de la Lune

Tome 1 «Jours Heureux ».

Chapitre 3 : « Washington – Castle of Delights »

 

 

 

— Bonsoir !

 

Le sourire éclatant de Swane MacFarlow se ressentait dans le ton enjoué de sa voix, et elle s’avança d’un pas dynamique pour accueillir le couple qui venait d’entrer dans son restaurant.

 

— Mr et Mme Daniels je suppose, continua-t-elle. Bienvenue au « Washington – Castle of Delights »*.

 

Les nouveaux clients lui retournèrent poliment son salut, avant de lui tendre leurs vestes. Une fois rangées, elle les guida jusqu’à la table qu’ils avaient réservée. C’était une des préférées de Swane, car elle offrait une très jolie vue de Washington et son Capitole.

 

— Souhaiteriez-vous un apéritif avant de commencer votre repas ? leur demanda-t-elle une fois qu’ils furent assis.

— Un « Bloody Mary », commanda le mari.

— Un « Sex on the Beach », choisit son épouse.

— Un « Mary va à la Plage » donc, résuma Swane en notant la commande sur son carnet.

 

Le couple regarda la jeune femme d’un air intrigué. Son humour ne semblait pas avoir fait mouche pour une fois, mais elle ne se départit pas de sa bonne humeur. Elle rangea son bloc-notes dans la petite sacoche qu’elle portait à la taille, attrapa des menus sur la console non loin d’elle et les leur tendit. Tout cela avec le même sourire enjoué qu’elle affichait à l’ouverture du restaurant, trois heures plus tôt.

Mr Daniels parcourut rapidement la carte des yeux, puis lui lança un regard plein de défi.

 

— Que nous suggérez-vous ? demanda-t-il d’un air suffisant.

— Ah ah, songea Swane. Tu me testes en espérant que je me plante pour pouvoir ainsi descendre mon restaurant auprès de tes amis de la haute société. Très bien, jouons tous les deux, mon cher, tu ne vas pas être déçu du voyage !

 

— Avec plaisir ! répondit-elle. Me permettez-vous de commencer par Madame ?

 

Léger haussement de sourcil de la part du client. Puis il acquiesça d’un brusque signe de la tête, sa déception de ne pas être conseillé en premier s’affichant sur son visage.

Swane se tourna alors vers Mme Daniels et l’examina d’un rapide coup d’œil. La cinquantaine élégante et raffinée, elle semblait étudier la carte avec beaucoup d’attention, tout en essayant (en vain) de retenir le petit sourire en coin que lui inspirait le comportement de son mari. Cheveux noirs impeccablement relevés en chignon, robe fourreau gris perle aux découpes princesse, simplement agrémentée d’un collier en or maille royale : toute sa personne respirait la simplicité chic, avec une recherche de la perfection.

 

— Sûrement une épouse d’avocat qui aime prendre soin d’elle-même, songea la jeune femme. Il lui faut donc des plats raffinés qui ne nuiront pas à sa ligne. C’est parti !

— Pour commencer, je suggèrerais à Madame notre Tartare d’Avocat Pomme Granny. La douceur de l’avocat est légèrement relevée par l’acidité de la Granny Smith, et vous permettra d’éveiller vos papilles pour le plat. Vient ensuite la Rose de Saumon, Sauce vierge et ses Légumes au Wok. Le saumon est cuit de façon à garder son fondant et son goût si particulier, la sauce permettant simplement de le lier au croquant des légumes. Et pour terminer, je vous suggèrerais notre Pana Cotta agrémentée d’un macaron au Café. Cela vous convient-il ?

 

La réaction de Mme Daniels fut très furtive, mais l’œil exercé de Swane la remarqua aussitôt : un petit éclat d’intérêt et de satisfaction traversa les yeux gris de sa cliente.

 

— Oui, ça ira, merci, répondit-elle simplement.

— Round un gagné ! triompha Swane. Passons à la partie plus coriace maintenant !

 

Elle se tourna vers Mr Daniels et entreprit la même analyse rapide. Mais là où Madame frôlait la perfection (le seul défaut de sa tenue étant de ne pas avoir choisi un collier en or blanc, mais ce n’était que l’avis de Swane), Monsieur semblait beaucoup plus « négligé ». Certes, son costume provenait d’une boutique de luxe, mais sa coupe et son tissu somptueux ne suffisaient pas à effacer la lourde silhouette de son propriétaire. Sous la chemise en soie, on voyait nettement la bouée de graisse qui lui ceignait le ventre et la ceinture de son pantalon semblait au bord de l’explosion. L’énorme chevalière en or à sa main droite ne surnageait que difficilement parmi les replis de peau et son double menton débordait du col de sa chemise.

 

— Tant de graisse ! songea Swane en son for intérieur. Il faudrait que je ne lui serve que de la salade verte si je voulais bien faire. Mais je me dois de lui plaire, alors tant pis pour son taux de cholestérol. Donc rajoutons encore un peu plus de gras à tout ça…

— Puis-je suggérer à Monsieur de commencer le repas avec le Médaillon de Foie Gras, accompagné de confiture de figues et de deux belles tranches de pain brioché ?

— D’où vient votre foie gras ? l’interrompit-il. De France j’espère ?

— Bien sûr ! répliqua-t-elle en agrandissant encore son sourire d’une fierté non feinte. Notre chef a étudié là-bas auprès des plus grands cuisiniers et il se fournit chez les meilleurs producteurs de foie gras. Quant au pain brioché et à la confiture de figues, ils sont faits artisanalement au restaurant.

 

Mr Daniels ne trouva rien à redire et l’invita à poursuivre d’un hochement de tête impatient.

 

— Par la suite, le Suprême de Volaille et son Risotto crémeux vous apporteront douceur et raffinement, et vous pourrez achever votre voyage gustatif par un Tiramisu Banane, Noix de Coco et Chocolat, accompagné d’un café bien entendu.

— On prend les paris que je t’ai scotché, gros plein de soupe ? ! songea-t-elle en attendant sa réaction.

 

La réponse se fit attendre. Il semblait réfléchir posément mais il jetait fréquemment des regards en douce à Swane, en particulier sur ses jambes et ses hanches. La jeune femme ne se dépara pas de son sourire professionnel tout en retenant les paroles acerbes qui lui venaient à l’esprit. Un client reste un client, aussi pervers soit-il.

 

— Ça me parait très alléchant, finit-il par déclarer, sans que Swane ne puisse savoir s’il parlait du menu ou d’elle. J’espère qu’ils assurent autant en cuisine que vous en salle.

— S’ils assurent ? répéta Swane. Soyez rassuré, Mr Daniels. Vous partirez ce soir en ayant dégusté le meilleur repas de votre vie !

— Qu’est-ce qu’on parie ?

— Je ne parie jamais quand je suis sûre de gagner ! Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais aller transmettre votre commande en cuisine. Puis-je vous conseiller du vin pour accompagner votre repas ?

— Je prendrais plutôt de l’eau pétillante, demanda Mme Daniels.

— Et une bière pour moi, en plus du « Bloody Mary », compléta son époux.

— Très bien, je vous fais servir ça tout de suite.

 

La jeune femme leur adressa un dernier sourire purement professionnel et se dirigea vers les cuisines. Elle poussa la lourde double porte qui isolait le restaurant de l’antre. Celui-ci était en train de conseiller un de ses commis sur la façon de lier une sauce et elle le laissa terminer avant de lui transmettre la commande.

 

— Tout se passe bien ? lui demanda-t-il de cette voix douce qui la faisait systématiquement fondre.

— Très bien ! répondit-elle. Mis à part le fait que ce bouffon a commandé une bière pour accompagner ton suprême. L’ignorance et le mauvais goût de certains me donnent vraiment envie de vomir !

— Ce sont les derniers clients ? demanda-t-il en ignorant sa remarque.

— Il s’agit de la dernière réservation. Je ne pense pas qu’on en verra d’autres ce soir. Il semblerait que la totalité de Washington soit déjà en vacances ! Mais c’est bientôt notre tour. Tout va bien aussi pour toi ?

 

Il se contenta d’acquiescer avant de se tourner vers son équipe pour transmettre la commande, d’une voix ferme mais dépourvue d’agressivité. Ainsi était Julian Bailey : totalement hermétique au monde qui l’entourait quand il était dans sa cuisine. Swane le regarda faire quelques instants puis s’en retourna vers le bar afin de servir les boissons des Daniels.

 

*NDLA : Traduction : « Washington – Palais des Délices ». Petit clin d’œil à Washington DC (sauf que là, c’est « Washington – CD »).

***

 

Il y a d’abord le crissement des pneus sur l’asphalte. Puis les hurlements de ses parents, et le bruit assourdissant de l’impact … La voiture décolle de la route et enchaine les tonneaux. Sa ceinture lâche. Brooke a le réflexe de se mettre en boule tandis qu’elle retrouve projetée contre la portière. Elle entend une vitre exploser, et un déluge d’éclats de verre s’abat sur elle. Puis tout s’arrête brutalement. La jeune fille entend sa mère qui gémit, tandis que son père reste silencieux. Du sang coule sur ses yeux, tout son être lui fait mal, mais elle parvient malgré tout à bouger. La voiture repose désormais sur son toit. Avec les tonneaux, Brooke a atterri dans le coffre mais elle semble être en un seul morceau. Elle aperçoit sa mère toujours ceinturée à son siège et son père, totalement immobile.

 

— Il faut que je les sorte de là, songe-t-elle tout en commençant à s’extraire du véhicule.

 

            Son genou lui fait un mal de chien, le sang qui coule de son arcade sourcilière la gêne, mais elle parvient à ramper jusqu’à la fenêtre qui a explosé et à sortir de la voiture. Elle se remet debout, s’avance en boitant vers l’avant du véhicule pour évaluer les dégâts, et….

 

Brooke se redressa d’un bond dans son lit, en proie à une terreur qui la poursuivait depuis quatre ans maintenant et dont elle ne parvenait pas à se défaire. Les sanglots qui la secouaient l’empêchaient de respirer normalement et elle sentait la crise arriver. Elle allait hurler, c’était une certitude, elle allait hurler si fort qu’elle allait réveiller toute la maison, et passer une fois de plus pour une folle. Comme toutes les fois où elle avait dormi ailleurs que chez elle et que son cauchemar l’avait hantée. Elle allait hurler…

 

Deux bras la saisirent soudainement et elle se retrouva plaquée contre un large torse, tandis qu’une main douce trouvait sa nuque et commençait à la masser.

 

— Chuuuut, murmura une voix grave et apaisante à son oreille. N’aie pas peur, ce n’est qu’un mauvais rêve.

 

Hayden… Hayden qui l’avait entendue se réveiller et avait bondi de son lit pour la rassurer. Le jeune homme la serrait contre lui, tout en caressant ses cheveux. Les mots qu’il lui chuchotait ne pouvaient que l’apaiser, tandis que ses lèvres embrassaient son front comme pour faire fuir son affreux cauchemar.

 

— Ne crains rien, poursuivit-il. Je suis là, tu ne risques rien. Respire, n’aie pas peur…

 

Respirer. Les sanglots l’agitaient encore, mais il fallait respirer. Elle parvint à réunir toutes ses forces pour remplir ses poumons, mais l’expiration fut encore plus douloureuse. Le cri devait sortir, la souffrance devait partir. Hayden la serra encore plus fort, tandis qu’elle s’accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage. Elle expulsa la douleur que le cauchemar avait provoquée, étouffant sa voix contre sa peau.

 

Ils restèrent ainsi accrochés l’un à l’autre de longues minutes, jusqu’à ce que les sanglots de Brooke s’apaisent. Quand sa respiration fut revenue à la normale, la jeune fille s’écarta et essuya du revers de la main les larmes qui roulaient sur ses joues.

 

— Je… Je suis désolée…bafouilla-t-elle.

— Désolée de quoi ? demanda-t-il tout en écartant une mèche de cheveux roux des yeux de Brooke.

— Je t’ai réveillé…

— Pffff…

 

Il prit son visage entre ses mains, essuya quelques larmes qui coulaient encore, et déposa un léger baiser sur le front de son amie.

 

— Tu connais mon côté chevaleresque, finit-il par dire. Je me dois de venir prêter main forte à une damoiselle en détresse ! Ok, je te concède que mon armure est un peu (Il jeta un bref regard à son torse nu)…Légère, et que mon fier destrier n’existe pas encore, mais je suis sûr que je saurais te faire une table ronde avec celle de la cuisine !

 

Sa tirade parvint à arracher un début de sourire à Brooke, mais le tremblement qui agitait ses mains prouvait qu’elle était encore sous le choc. Elle parvint à lever les yeux vers lui et malgré l’obscurité, il devina son regard suppliant.

 

— Tu veux bien… Enfin, si ça ne t’embête pas… Je… J’ai pas envie…

 

En guise de réponse, il se leva et se dirigea vers son sac. Il fouilla quelques instants dedans puis revint vers le lit et lui tendit un paquet de mouchoirs. Brooke en profita pour finir d’essuyer ses larmes, tandis qu’Hayden venait s’asseoir à côté d’elle.

 

— Tu veux que je reste ? lui demanda-t-il quand elle eut terminé.

 

Elle se contenta de hocher la tête. Ce n’était pas la première crise à laquelle il assistait, et il savait que lorsque cela se produisait, la jeune fille était incapable de se rendormir. Lorsqu’elle était seule, elle terminait sa nuit en révisant ses cours ou en lisant un bon roman de science-fiction. Mais les fois où il s’était trouvé à ses côtés, elle était restée blottie dans ses bras. Aujourd’hui n’échapperait pas à la règle.

Hayden se pencha pour ramasser son oreiller et l’installa à côté du sien, au plus loin de la porte. Brooke était une lève-tôt, y compris pendant les vacances. Ce qui n’était pas son cas. Il se glissa dans les couvertures, s’allongea sur le dos, et la laissa se coller contre lui. La tête sur son épaule, un bras enserrant son torse, elle sembla enfin s’apaiser un peu.

Il ne lui avait jamais demandé en quoi consistaient ses cauchemars. Pas par manque d’intérêt, mais parce qu’il savait qu’elle ne lui en parlerait que lorsqu’elle se sentirait prête. Brooke avait un tempérament qui ne se laissait pas forcer la main. La patience était la seule arme pour l’apprivoiser, et ça tombait bien, car Hayden en avait à revendre. Alors il avait décidé de patienter aussi longtemps que nécessaire, même si cette attente devait se compter en années.

La jeune fille mit longtemps à s’endormir, même ainsi cajolée. Cette situation ne manquait jamais de faire sourire Hayden. Brooke refusait les sentiments qu’il éprouvait pour elle, mais c’était à ses côtés, et précisément dans ses bras, qu’elle se sentait le plus en confiance, en sécurité. Certes, elle ne le lui avait jamais clairement avoué. Mais il la connaissait depuis si longtemps que les confidences étaient inutiles. Même Aislinn, que la rouquine considérait réellement comme sa petite sœur, ne parvenait pas à l’apaiser lorsque ces crises survenaient. Ce n’était pas faute d’avoir essayé, mais la jeune fille avait fini par reconnaître que la solution la plus simple et la plus rapide était d’appeler Hayden.

Et lui accourait, immanquablement, quelle que soit l’heure. Sans poser de question, sans juger, il arrivait, la prenait dans ses bras et attendait qu’elle s’apaise. Aislinn et son père adoptif s’étaient habitués à le voir encore chez eux au petit matin. En général, une tasse de chocolat bien chaud et un solide petit-déjeuner l’attendaient, et il avait même quelques affaires de rechange dans l’armoire de Brooke. Hayden avait tout du petit-ami, sauf le titre, qu’elle lui refusait. Ce n’était pas toujours évident, mais son naturel optimiste l’empêchait de trop se morfondre. Et il prenait chaque moment en sa compagnie comme s’il était unique, cela lui suffisait.

Le sommeil finit par le gagner lui aussi. Le jeune homme serait bien resté ainsi à écouter la respiration profonde et paisible de Brooke, mais Hayden était un gros dormeur. De plus, s’endormir avec la femme qu’il aimait dans ses bras, il n’y avait pas mieux sur terre…

 

***

 

Les derniers clients étaient partis (y compris le couple Daniels, au grand soulagement de Swane), les nappes avaient été débarrassées et envoyées au pressing, la caisse arrêtée et rangée dans le coffre. Une fois les cuisines nettoyées (Julian n’aurait jamais pu partir sans les savoir rutilantes), le chef cuisinier du « Washington – Castle of Delights » avait troqué sa tenue immaculée contre un jean et une chemise. Quant à la jeune propriétaire du restaurant, son tailleur jupe avait rejoint ses autres vêtements dans sa valise, et c’est affublée d’un jean bleu turquoise, d’un t-shirt rose et de baskets violettes (tenue qui confirmait son surnom de « Fashion Terrorist ») qu’elle attendait patiemment que Julian finisse de briefer Jason, son second.

Jason était un « prodige autodidacte ». Après avoir commencé sa vie professionnelle en tant que trader à la bourse de Wall Street, il avait tout plaqué du jour au lendemain pour s’isoler dans son appartement et « apprendre à devenir un chef cuisinier ». Il avait épluché chaque livre qu’il avait trouvé, visionné toutes les vidéos possibles, essayé une impressionnante liste de recettes gastronomiques, avant de se lancer et d’aller frapper à la porte des grands restaurants. Tous lui avaient ri au nez, sauf Swane. L’histoire du jeune homme n’était pas sans lui rappeler la sienne, car personne n’avait cru en elle quand elle avait décidé d’ouvrir son propre établissement. La jeune femme lui avait donné sa chance. Il avait commencé en bas de l’échelle (la plonge et l’entretien de la cuisine), mais sa curiosité avait éveillé l’intérêt de Julian qui l’avait pris sous son aile. Très vite, Jason s’était imposé comme un élément de choix, et il était devenu le bras droit du couple. Mais si Swane partait ce soir l’esprit en toute tranquillité, Julian avait un peu plus de mal à abandonner son « bébé ».

Alors que le cuisinier allait entamer une énième liste de recommandations, la jeune femme se décida à intervenir. Jason était dur à la tâche, mais comme tout le monde, il avait besoin de repos, et il était temps pour lui de regagner son domicile. Elle s’approcha donc et vint poser sa main sur le bras du cuisinier.

 

— Julian, dit-elle doucement, il est tard et je suis sûre que Jason connaît maintenant par cœur la liste des choses à faire. Tu ne crois pas qu’il serait temps qu’on se mette en route et que lui aille se coucher ?

 

L’effet fut immédiat : Julian se tourna vers elle, une lueur de doute dans le regard.

 

— Tu crois que j’en fais trop ? demanda-t-il.

— Un petit peu, mais tu n’en es que plus mignon…

 

Elle accompagna son compliment d’un petit clin d’œil qui fit rosir les joues du jeune homme. Elle retint un sourire, pour ne pas le mettre encore plus dans l’embarras. C’était lui tout craché : un maître dès qu’il enfilait ton tablier et qu’il pénétrait dans ses cuisines. Toutefois, en dehors, il redevenait le jeune homme peu sûr de lui que chaque compliment faisait rougir.

Il finit par reporter son attention vers Jason, mais ce fut ce dernier qui prit la parole.

 

— Ne vous inquiétez pas, patron, dit-il. Je prendrais soin du « Washington – Castle of Delights » et si ça peut vous rassurer, je vous appellerai tous les jours pour vous tenir au courant.

— Oh oui ! répondit Julian sans parvenir à masquer son enthousiasme. Ce serait parfait !

 

Il se tourna vers Swane comme obtenir son consentement, et cette fois, elle ne put retenir un éclat de rire.

 

— Bien, parvint-elle à dire une fois son hilarité passée, si tu es totalement rassuré maintenant, il faudrait vraiment qu’on s’en aille. Ou sinon, on va arriver au lac au petit matin !

 

Elle adressa un clin d’œil à Jason et prit Julian par le bras pour l’entraîner vers la porte arrière du restaurant. Leur voiture était garée sur le parking des employés et y monter signifiait pour elle le premier jour de vacances amplement méritées.

 

— Ça va aller pour toi ? demanda-t-elle, même si elle connaissait déjà la réponse. Tu n’es pas trop fatigué pour faire la route ?

— Non, ne t’inquiète pas. Je me sens en pleine forme.

 

Il mit le contact et le vrombissement puissant de la Mustang résonna dans l’habitacle. Un frisson parcourut la jeune femme tandis qu’un large sourire éclairait le visage de Julian. Il passa la première et le véhicule se mit en mouvement, ronronnant tel un grand fauve.

Au vu de l’heure avancée, ils ne mirent pas longtemps à sortir de Washington. Quand ils arrivèrent sur l’autoroute, Julian commença à faire monter sa Mustang dans les tours, et le ronronnement se changea en profond rugissement.

Swane défit ses chaussures et replia ses jambes sous elle. Elle se cala sur le siège de façon à regarder son fiancé conduire, et soupira d’aise. C’était ainsi qu’elle aimait faire la route : en observant le plaisir manifeste qu’il prenait à piloter son bolide. La situation était pourtant paradoxale : Julian était quelqu’un de timide, au tempérament calme. Sa fantaisie, il ne l’exprimait que dans sa cuisine, au travers de plats raffinés et originaux, qui faisaient la renommée du restaurant. Mais il avait aussi un petit grain de folie qui ne transparaissait qu’au volant de son « bijou », comme il se plaisait à surnommer sa Mustang. Ce sentiment de puissance qu’il ressentait quand le moteur rugissait, ce petit frisson d’adrénaline quand il passait les vitesses et que le véhicule répondait au quart de tour, tout cela tranchait nettement avec cette image réservée qu’il affichait au quotidien. Au volant, Swane découvrait un Julian sûr de lui. Et cette autre facette, elle l’aimait tout autant que l’homme timide et peu sûr de lui auquel elle était fiancée.

La Mustang avalait les kilomètres et le bruit du moteur finit par bercer la jeune femme. Elle lutta encore quelques instants, mais le sommeil finit par avoir le dessus et elle s’endormit, laissant Julian en tête à tête avec son bolide.

 

***

 

Il était quasiment quatre heures du matin quand ils arrivèrent à la résidence du clan. Swane dormait toujours et Julian n’eut pas le courage de la réveiller. Il récupéra leurs bagages dans le coffre, puis alla les déposer dans la chambre qui leur avait été attribuée, tout en laissant la porte d’entrée ouverte. Il défit les couvertures du grand lit, s’assura que rien ne pourrait le faire trébucher, puis redescendit les escaliers. Il retourna à la voiture, ouvrit précautionneusement la portière du côté passager et entreprit de défaire la ceinture de sécurité de la jeune femme. Une fois celle-ci libérée, il la prit dans ses bras, referma la portière d’un coup de hanche et gravit les marches pour pénétrer de nouveau dans la grande bâtisse. Julian parvint à refermer la porte d’entrée tout en en douceur, pour ensuite porter Swane jusqu’à son lit. Tout cela, sans aucun effort apparent, comme si son fardeau n’avait pas été plus lourd qu’une plume. Comme quoi, l’amour ne donne pas que des ailes…

 

***

 

Aussi discret qu’ait été Julian, le bruit de la portière refermée avait réveillé quelqu’un. Brooke se redressa brusquement dans son lit, quittant du coup le confort des bras d’Hayden. Celui-ci ouvrit aussi les yeux et murmura un « Qu’est-ce qui se passe ? » ensommeillé.

 

— Chut, lui murmura la jeune fille. Rendors-toi, ce n’est que Julian qui vient d’arriver.

— Tu l’as entendu ?

— Lui non, mais la portière de sa Mustang, oui !

 

Il pouffa discrètement et attira Brooke de nouveau dans ses bras.

 

— Y’a que toi pour te réveiller en pleine nuit au bruit de ta voiture préférée, murmura-t-il.

— Quand on aime, on ne compte pas…

 

Et aussi vite qu’elle s’était réveillée, la jeune fille replongea dans le sommeil, très rapidement imitée par Hayden.

 

***

 

Tous les résidents de la demeure du clan Gardener étaient maintenant profondément endormis. Aucun d’entre eux ne put voir l’étrange spectacle qui se produisit peu avant l’aube.

Un trou noir apparut soudain dans le reflet de la lune sur la surface du lac. Il s’élargit de plus en plus jusqu’à ce qu’un homme en émerge. Curieusement, ses vêtements étaient secs tandis qu’il avançait sur la surface. Il finit par arriver aux pieds du ponton où se tenait Brooke quelques heures plus tôt, posa ses mains sur le rebord et s’y hissa sans aucun effort apparent. Il était vêtu d’une tunique, d’un pantalon et de grandes bottes, tous noirs. On discernait à peine le croissant de lune noir brodé sur le devant de sa chemise, tandis que ses yeux sombres scrutaient la grande maison devant lui.

 

— Bientôt, murmura-t-il. Très bientôt. Je suis là pour vous. Mais voyons un peu ce que la lune noire m’a ramené cette fois-ci.

 

Il s’assit en tailleur sur le ponton, tendit les bras, mains écartées, vers la maison et prononça d’une voix comme sortie d’outre-tombe :

 

— Yr wyf am gweld trwy waliau…*

 

Des volutes de fumée fusèrent de ses doigts et foncèrent vers la résidence. Ils s’insinuèrent à l’intérieur, et alors que l’homme en noir fermait ses yeux, partirent à la recherche des membres du clan.

Il put ainsi visualiser les occupants de la maison, tous profondément endormis. Il prit bien le temps d’examiner chaque visage, et ne rouvrit les yeux que lorsqu’il eut tout soigneusement mémorisé.

Un sourire étira ses lèvres fines et il dessina du pouce la balafre qui courait de sa pommette droite jusqu’à la commissure de ses lèvres. Puis il replia ses bras, ferma le poing gauche et souffla dessus. Lorsqu’il le rouvrit, un petit tas de poussière noire apparut dans sa paume. Il le jeta au-dessus de lui, et alors que la suie retombait sur lui, il disparut progressivement, ne laissant que la lune comme témoin de son arrivée…

 

*NDLA : “Je veux voir à travers les murs »

 

***

 

Rendons à César ce qui appartient à César : les plats cités dans ce chapitre viennent tout droit d’un petit resto parisien tenu par des amies, « Le Preum’s » (http://www.lepreums.fr/)

Je remercie donc Julie et Sabina pour m’avoir régalée plus d’une fois à leur table, et d’avoir débloqué par la même occasion le début de ce chapitre qui bloquait pour manque « de plats originaux ».

Si vous avez l’occasion de vous y rendre, vous y mangerez très bien et pour pas cher.

 

 

***

 

Un grand merci à Crumby/Cat pour sa béta-lecture, et la patience qu’elle a accordé à ce chapitre.